Etape 18 – texte compact


Le long des canaux de la Garonne

 

Didier Heumann

Milena della Piazza

En 1681, le canal du Midi entre Sète et Toulouse fut achevé. L’idée était bien évidemment de prolonger le canal en direction de l’Atlantique pour acheminer les marchandises.  Mais Louis XIV ayant vidé les caisses du royaume, on abandonna donc le projet, faute de moyens. Et pendant encore deux bons siècles, on utilisa la bonne vieille Garonne et sa navigation si périlleuse pour le transport fluvial jusqu’à Bordeaux. Lorsqu’en raison des crues abondantes ou de la sécheresse, c’est selon, la Garonne ne devenait plus navigable, on passait par Gibraltar. Mais, il fallait braver les tempêtes et les attaques des pirates.

Avec la révolution industrielle, le projet refit jour. On inaugura le canal du Midi, « côté Atlantique » en 1856. Ce canal longe sur 193 kilomètre la Garonne. 53 écluses permettent une navigation agréable. De nos jours, ces canaux ne servent plus qu’à la batellerie de plaisance. Les rives ont été aménagées en voies vertes. Ils font le bonheur d’une armée de randonneurs et de cyclotouristes qui s’ébattent, à l’ombre des platanes et des peupliers centenaires.

Le canal, on le baptise de plusieurs noms. Certains l’appellent le canal de Garonne, d’autres simplement le Canal latéral.  Son nom officiel est le « Canal latéral à la Garonne. » Mais comme il est le prolongement du canal du Midi, qui relie Toulouse à la Méditerranée, l’ensemble forme aussi le Canal des deux Mers, puisqu’il relie la Méditerranée et l’Atlantique.


Aujourd’hui, notre parcours est encore en Tarn-et-Garonne, dans le Bas Quercy. La création de ce département est une longue histoire. Les gens du Lot et du Tarn-et-Garonne vivaient dans une grande province appelée Quercy. Leur origine était celte. Au Vème siècle, le pays fut envahi de hordes de vandales, de suèves et d’autre wisigoths, avant d’être chassés par Clovis, puis envahis à nouveau par les normands. Le Quercy passa par la suite à la solde des anglais. Durant les Guerres de Religion, une grande rivalité vit le jour entre les catholiques du Haut Quercy, les gens de Cahors, et les protestants du Bas Quercy, autour de Montauban. Napoléon I trancha le nœud en détachant le Bas Quercy pour créer le Tarn-et-Garonne, et en limitant le Lot au Haut Quercy.

Au niveau des difficultés du parcours, c’est une journée tranquille, pour ceux qui choisissent la variante le long du Canal des Deux Mers jusqu’à Pommevic. Pour les autres, les deux bosses qui vont à Boudou et Malause cachent de sérieuses difficultés. Mais, sur le Chemin de Compostelle, rien n’est vraiment hors de portée. C’est un chemin pour tous.




Le chemin quitte Moissac près de la gare et rapidement rejoint le Chemin de la Pointe sur les longs canaux qui longent le Tarn et la Garonne.



Le chemin entre alors sur le véloroute des deux Mers qu’il va suivre pendant de nombreux kilomètres. Le calme et la sérénité règnent ici sous les grands arbres.



Le canal s’étire comme un long ruban, dans une palette de verts ponctuée de sentinelles parfois claires, parfois sombres, que sont les majestueux arbres. Les  grands peupliers, comme des mâts de navire, aux troncs énormes, semblent applaudir le  pèlerin qui passe. Elancés comme des girafes, souples aux frémissements des vents, ils balancent leurs branches, un coup à droite, un coup à gauche.  C’est impressionnant de légèreté, malgré leur taille immense.  Les platanes montent aussi la garde le long du canal, mêlant leurs branches pour former come une voûte de cathédrale, maternelle et protectrice.

Et pourtant, ce miracle de la nature ne pourrait pas être éternel. Plus  bas, sur le canal du Midi, un méchant champignon ronge les platanes, plusieurs fois centenaires. Le seul traitement actuel est la tronçonneuse, créant des trous immondes dans cet agencement si harmonieux. Affaire à suivre, car il y a peut-être un antidote.



On ne voit jamais le Tarn qui coule parallèle, à gauche du chemin, avec parfois des vergers ou des sous-bois. De l’autre côté du canal passe la voie de chemin de fer, où parfois résonne le roulement du train qui part vers d’autres horizons.



Dans ce jeu incroyable de lumière et d’eau, parfois des  bateaux passent, presque silencieux. On  les dirait au ralenti. Ils ont la vie devant eux. Ce sont des petits bateaux de croisière.

Le chemin arrive alors au pont écluse de l’Espagnette. C’est un carrefour stratégique.  De nombreux pèlerins empruntent la variante du GR qui suit le canal à plat. Les plus courageux partent alors sur le GR65 traditionnel qui va monter dans la campagne au dessus du Tarn et de la Garonne.

Pour les courageux, le chemin traverse la voie ferrée, remonte un peu la route goudronnée qui retourne à Moissac, jusqu’à un petit carrefour où il la quitte.



De petits lacets en pente vous emmènent dans les sous-bois vers le hameau de Laroquette, où on comprend aussi  que certains habitants de Moissac ont pris demeure, loin des flots de touristes et de pèlerins qui sillonnent la ville.



Il faut monter encore un peu dans les sous-bois, jusqu’au sommet de la colline, pour jouir du spectacle qu’offrent le Tarn et la Garonne au dessous, qui s’entremêlent à ne plus finir dans la plaine.



Ici, les coteaux sont riants. Les vergers et les vignes de chasselas profitent largement du soleil, et sans doute de la brune d’automne, si généreuse avant les vendanges.



Il fait bon savourer ici l’odeur du chèvrefeuille. En dessous, derrière les chênes et le chèvrefeuille, le Tarn et le Garonne se mélangent leurs eaux, s’unissent à tout jamais.



Après les vergers, les sous-bois réapparaissent. Bientôt, le chemin  arrive sur  un petit plateau près des fermes et des villas de Pinète.



La route goudronnée suit un moment une crête peuplée de petits hameaux et de villas isolées. Dans le pays, les gens adorent les roses et en couvrent les façades de leurs demeures.



Ici, les vergers sont derrière nous. Un chemin herbeux redescend alors entre prairies et  sous-bois. La pente est soutenue. En face, on devine déjà qu’il faudra remonter de l’autre côté du petit vallon.



Comme promis, la remontée du vallon vaut son lot de sueur. Le sol doit être ingrat dans ces petits vallons. Plus de magnifiques vergers, mais des buissons, des prairies et de hautes herbes, voilà le programme.

La montée s’achève au hameau de Delbrel, près du boulodrome de  Boudou, où les pistes de pétanque sont innombrables. Boudou et situé juste en dessous. L’activité est essentiellement agricole dans ce petit village regroupé autour de l’église St Pierre, avec son clocher-mur. Boudou est connue depuis la nuit des temps pour avoir été une étape incontournable sur le Chemin de Compostelle. Il y avait ici un hôpital pour pèlerins, aujourd’hui disparu.



De l’autre côté du village, le chemin retrouve un moment les vergers et leur implantation quasi géométrique.



Ceci contraste aisément avec le fouillis des taillis que le chemin traverse un peu plus bas, au fond du vallon.



Après avoir traversé le petit ruisseau de Sérène, le chemin remonte un peu sur l’autre flanc du vallon.

Puis, un large chemin de terre redescend encore avant de cheminer à plat dans les sous-bois de chênes jusqu’à la grande ferme de Pugnal, où on trouve à se loger. Ici, le cadre est assez exceptionnel, bucolique à souhait il faut le dire, avec ces moutons qui sous les grand arbres vous font des haies d’honneur. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 18: logements, restauration).





De la ferme de Pugnal, un chemin de terre monte de manière assez soutenue dans le sous-bois. On devine qu’ici par temps de pluie, la montée doit être assez pénible.  Cela doit être vraisemblablement le cas, car un chemin parallèle, moins embourbé, s’est dessiné avec le temps.

 

Le chemin monte près d’un kilomètre sur la terre pilée, dans la fraîcheur du sous-bois. Quand on traverse le centre de la France, on a le sentiment de vivre dans une grande forêt de chênes.  Plus haut, le chemin rejoint une route goudronnée près de Bourdailles.



De Bourdailles, le chemin prend la direction de Ste Rose. Ici, la civilisation reprend un peu ses droits. Quoique ! On ne rencontre sur le chemin pour ainsi dire aucun autochtone. Il n’y a rien que des pèlerins qui avancent seuls ou en groupes, silencieux, engoncés dans leurs pensées.



La petite église de Ste Rose est perdue au milieu des champs de céréales. L’église Ste Rose de Viterbe date du XII-XIIème siècle, remaniée de nombreuses fois au cours des siècles. Elle n’est aujourd’hui qu’une simple chapelle de cimetière.



De Ste Rose, le GR65 continue à descendre sur l’herbe dans les taillis et les sous-bois.



Malause est à une portée de fusil, juste en-dessous. Chemin faisant, le chemin passe près d’une magnifique ferme que l’on trouve parfois dans la région, avec  son architecture si caractéristique, où les briques rouges étroites, jointoyées par la chaux ou le ciment, se mêlent aux moellons de calcaire. Les volets clos  parlent pour un abandon.

 

La même architecture se retrouve aussi dans certaines maisons du village.


L’église  St Jean Baptise, de style néo-roman est de construction assez récente (XIXème siècle).



Le chemin descend alors dans les bas du village jusqu’à croiser la voie de chemin de fer. De l’autre côté du pont, il rejoint la variante du GR qui arrive aussi ici sur le canal latéral de la Garonne. Il faut dire ici, à voir le nombre important de pèlerins qui y cheminent, que la plupart d’entre eux délaissent les beautés  des coteaux et se suffisent largement de flâner à plat le long de la variante du canal.





Le canal des Deux Mers court sur plus de 450 km. Il est inscrit au Patrimoine de l’Unesco, avec ses écluses, ses ponts, ses aqueducs et ses barrages. Il n’est pas profond, 2 mètres de profondeur, posant des problèmes pour de plus gros bateaux. Dans les années 1970, on investit sur le canal du Midi de grosses sommes d’argent pour moderniser le réseau, augmenter la taille des écluses pour permettre le passage de péniches.  Arriva alors le choc pétrolier de 1973. Le trafic fluvial chuta de 50%. Et puis, on inaugura l’autoroute des Deux Mers. Cela signa l’arrêt de mort du trafic fluvial des marchandises sur le canal. En 1989, la dernière péniche livra sa cargaison de vins à Bordeaux. L’Etat arrêta de financer de futurs travaux. Le dernier voyage commercial eut lieu en 2000.

Le chemin retrouve rapidement ses marques sous les majestueux platanes et peupliers. Parfois un petit bateau remonte le canal.



Un premier pont, le Pont du Capitaine apparaît sur le canal.



Le chemin appartient aux promeneurs, aux cyclistes et aux pèlerins. Parfois, on entend derrière soi les sonnettes  des pelotons de cyclistes amateurs qui annoncent leur arrivée imminente et défilent les uns derrière les autres sur l’axe. Il n’y a pas une minute à perdre quand on fait du vélo, équipé comme un professionnel. Le pèlerin, lui prend son temps.



Une écluse ici coupe le canal. Apparemment plus aucun éclusier ne gère le trafic ici. Peut-être qu’en été, des étudiants désoeuvrés font le job.  Mais tout plaisancier amateur sait utiliser les vérins hydrauliques des deux côtés de l’écluse pour ouvrir ou verrouiller les portes, faire entrer ou sortir l’eau du sas.


Le chemin arrive alors  au dernier pont, où il nous faudra quitter ce merveilleux décor de carte postale. Nous sommes arrivés au Pont de Pommevic.



On traverse alors le canal pour gagner Pommevic, juste de l’autre côté. On retrouve à l’entrée du village ces belles maisons faites de briques et de moellons.



Une grande croix de métal donne le signal d’un petit détour dans le  village pour nous faire admirer les maisons de briques, la tour du château et l’église.  L’église St Denis, du XIème siècle ne conserve de roman qu’un pan de mur, la base du clocher et l’abside.



A Pommevic, on peut se loger et se restaurer. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 18: logements, restauration).

Depuis Pommevic, le chemin retourne de l’autre côté des canaux. Il traverse d’abord le canal latéral de la Garonne puis le canal de Golfech, une dérivation de la Garonne qui va à la centrale nucléaire.


Dans un horizon pas très lointain apparaissent les monstrueuses tours de la centrale nucléaire de Golfech. Monstrueuses, ce n’est pas peu dire. Ce site à deux réacteurs nucléaires, possède les tours de réfrigération les plus hautes d’Europe, culminant à 170 mètres de hauteur. Dans tout le pays, dès que l’on monte au sommet d’une colline, on ne voit que ces deux énormes verrues et leur chapelet de vapeur d’eau défigurant le paysage.



Jusqu’à Espalais, ce n’est pas la joie pour les marcheurs. Il n’y a qu’à suivre à plat une petite route goudronnée en pleine campagne sur de nombreux kilomètres. Ici, la campagne a nettement perdu de sa poésie. Seul un petit plan d’eau égaie la monotonie du paysage.



Espalais est attendu un peu comme une sorte de délivrance. A l’entrée du village, vous pouvez faire halte ou séjourner au Par’Chemin, un des plus beaux gîtes « donativo », si ce n’est le plus magnifique, sur le Chemin de Compostelle. Ici, vous payez tout selon votre bourse. L’accueil et l’ambiance sont hors du commun. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 18: logements, restauration).



Le chemin traverse le propret village de Espalais. On dit ici que l’EDF a acheté un peu la conscience des locaux.  De nombreux employés de la centrale nucléaire doivent habiter ici. L’usine occupe un millier d’employés. L’église St Orens  est relativement récente. De nombreux pèlerins s’arrêtent dans le petit parc attenant à l’église.



Puissent la Vierge et le Christ protéger la population d’ici d’un hypothétique problème nucléaire !



A Espalais, nous sommes juste à côté de la Garonne, ce magnifique fleuve tour à tour impétueux et sauvage, ou alors large, calme et paisible, qui remonte vers l’estuaire de la Gironde. Auvillar est juste de l’autre côté du pont.


Du pont, la vue est imprenable sur la centrale de Golfech.

Le chemin arrive au bas du bourg d’Auvillar, près du port, passe près de l’ancienne chapelle Ste Catherine du Port. L’origine du port d’Auvillar remonte très loin dans le temps, dès que l’on savait organiser des transports sur les fleuves. Ici, on fait remonter la présence d’un péage avant le XIIème siècle, et les bateliers y étaient nombreux. Les auberges devaient aussi y fleurir car le péage était obligatoire. Au Moyen-âge, les bateliers avaient construit dans toutes les cités de péage des chapelles dédiées à Ste Catherine, patronne des gens de la rivière et des philosophes. L’église ici remonte presque certainement à l’époque carolingienne, donc bien avant le Xème siècle. Bien que les dates soient floues pour cet édifice, elle fut partiellement reconstruite au XIVème sur les ordres du Pape Clément V.
 Il n’en demeure pas moins qu’avec l’état des murs, elle ne date pas du siècle dernier. Elle porte cependant l’empreinte des constructions en briques de la région. Un fait curieux à noter: la présence de l’allée de la villa qui jouxte l’édifice, curieux et anachronique, non ?



La montée au centre de la cité est très sévère ici, mais les pèlerins n’en ont cure. Ils sont arrivés pour aujourd’hui à bon port. Auvillar (1 millier d’habitants) fait partie de la catégorie des plus beaux villages de France (une centaine dans le pays). La tour de l’horloge, porte monumentale datant du VIIème siècle,  marque  l’entrée de la vieille ville, ses ruelles bordées de vieilles maisons du XVème et XVIème siècle avec encorbellement et colombage, et surtout sa magnifique halle circulaire datant de 1825.





L’église Saint-Pierre, un ancien prieuré bénédictin du XIIème siècle, restaurée plus tard, est un mélange d’art roman, gothique et baroque.



Voici les possibilités de logement dans le bourg. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 18: logements, restauration).  

















Pour revenir aux détails du parcours.

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