Etape 19 – texte compact


De Auvillar à Lectoure :

Une longue journée en Brulhois et en Lomagne

Didier Heumann

Milena della Piazza

Le Brulhois, qui signifierait en ancien occitan « taillis, bouquet d’arbres, bois » se partage en 3 départements : le Lot-et-Garonne, au sud d’Agen, le nord du Gers, et la partie la plus occidentale du Tarn-et-Garonne.  Autrefois, le pays du Brulhois était une contrée boisée. Les sables et les graviers qui se sont accumulées en terrasses le long de la Garonne donnaient de mauvaises terres favorables aux bois. Jadis, les bois formaient une bordure presque continue. Mais qui dit mauvaise terre, dit aussi terre de vigne. Au XIXe siècle, ces pays de grave ont été progressivement transformés en terre de vigne. Les vins du Brulhois possèdent aujourd’hui une appellation contrôlée.

Nous n’irons pas aujourd’hui dans les vignes qui se trouvent près de la Garonne. Nous nous contenterons de  frôler le Brulhois, sa campagne et ses bois du côté de St Antoine, avant de nous enfoncer plus avant en Lomagne gersoise, le territoire le plus au Nord du Gers.  La Lomagne est un paysage de grandes cultures, le règne du blé et  du tournesol. Le maïs est globalement peu cultivé du fait des conditions agro-climatiques locales, notamment d’une pluviométrie relativement faible. On y trouve aussi des vergers, un peu de vigne, et des cultures plus spécifiques, comme celles de l’ail ou du melon.

Anciennes terres d’élevage bovin, les pâturages se réfugient aujourd’hui sur quelques coteaux ou dans de rares fonds de vallée. Les praires  n’occupent plus que 8% de la surface agricole contre 35% il y a 30 ans. De ce fait, l’élevage est marginal.

La Lomagne gersoise se caractérise par de larges vallées qui ont creusé un vaste socle calcaire, avec aussi d’amples coteaux surmontés de crêtes et petits plateaux. Le paysage ressemble souvent à de grandes étendues dénudées, avec ci et là quelques affleurements calcaires blancs et quelques bosquets épars, où le chêne domine encore, que l’on appelle ici « canteros ». Les terres de Lomagne sont très fertiles, le calcaire ayant enrichi les argiles, donnant de formidables terres à blé.

Les anciennes constructions sont faites souvent de moellons, la plupart du temps dissimulées sous la chaux qui ne laissent paraître que les belles pierres de taille des encadrements de portes et de fenêtre. Les bastides, comme Lectoure, Flammarens, Miradoux  ou Auvillar, semblent figées dans le temps.  D’allure fortement médiévale, elles sont perchées sur des promontoires stratégiques. Tours, remparts, fossés, chemins de ronde, tout y est. Mais ces bourgs et ses villages ont nettement souffert de l’exode rural et sont aujourd’hui grandement  désertés. Souvent, le tissu urbain s’est dégradé, de nombreuses maisons restent vacantes ou en ruine. Groupé autour de Lectoure, capitale historique et culturelle de la Lomagne, le Lectourois est à lui seul un concentré des paysages lomagnols.


L’étape du jour ne propose aucune grande difficulté de parcours. On ne dépassera guère les 200 mètres d’altitude, et seules quelques petites montées présentent une pente un peu plus élevée. On traverse une grande campagne parsemée ci et là de petits bosquets.




Le chemin quitte Auvillar sur les hauts.



Aujourd’hui il pleut. Le GR65 quitte assez rapidement la route pour s’engager en descente dans un petit chemin qui serpente dans les sous-bois, avant de retrouver la route qui passe sous l’autoroute A62, l’autoroute des Deux Mers, qui relie Toulouse à Bordeaux.

Jusqu’à Bardigues, c’est un trajet interminable sur le goudron. Le chemin monte encore un peu après l’autoroute avant de se traîner sur un plateau en pleine campagne. Jusqu’au plus loin de l’horizon, le pays déroule ses champs et ses cultures à perte de vue.



A la sortie de Bardigues, le chemin suit encore un peu la départementale D11 avant de la quitter pour une petite route goudronnée à la limite des sous-bois.

Le long du sous-bois, de petits hameaux grands comme des mouchoirs de poche, ou plutôt quelques fermes isolées se succèdent sur le plateau d’une très grande campagne où alternent les prairies, les blés et les oléagineux.



Ici, les fermes sont souvent carrées ou rectangulaires, simples, avec leur toiture de tuiles canal. Les maisons d’habitation sont séparées des fermes. La pierre brute est la base de la construction.



Au bout de la route, le GR65 s’engage alors dans un chemin forestier qui descend dans les sous-bois de chênes, à la limite des cultures.

Plus bas, le goudron remplace le chemin de terre et la campagne s’élargit. Ici, une très grande ferme présente une architecture typique de la Lomagne, avec sa toiture enveloppante à longs pans, qui protège d’un seul tenant l’habitation, la grange et étable.



Au bas du vallon, le chemin traverse la petite départementale D88. Nous sommes à Le Moulin, tout près de St Antoine d’Arrats, une petite poignée de maisons, là où on traverse la petite rivière d’Arrats.



Le chemin longe alors sur le bas-côté, à travers champs, la route qui remonte légèrement vers St Antoine. Dans le Tarn-et-Garonne et le Gers, le Chemin de Compostelle a dessiné, dans sa générosité, des bandes d’herbes fauchées sur les bas-côtés des routes goudronnées, qui parfois s’écartent un peu plus de la route pour paraître de vrais chemins. Ici, tout pousse : le blé, le maïs, le tournesol, les semences de graines (betteraves, carottes, oignons), mais aussi l’ail, le melon et le tabac. Même si on est en pays brulhois, les vignes sont éloignées du village.



Le chemin arrive à St Antoine en pays brulhois (206 habitants), petit village médiéval pittoresque créé par les moines Antonins qui ont bâti ici un hôpital au XIIème siècle pour lutter contre le « feu de St Antoine », maladie provoquée par l’ergot du seigle. Les moines y restèrent jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. L’église est inscrite au Patrimoine des Monuments historiques. Des peintures murales des XIV et XVème siècles ont été mises 
à jour récemment dans l’église. La porte fortifiée à l’entrée de la cité date probablement du XIIIème siècle. On trouve à se loger et à se restaurer. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 19: logements, restauration).







De St Antoine, le chemin bifurque assez rapidement sur une petite route goudronnée qui monte dans le sous-bois, avant que le pays ne s’ouvre sur de grandes prairies et des champs de tournesol sans fin.




Assez rapidement, le chemin croise un autre logement disponible dans la région. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 19: logements, restauration).

Sur de petites montagnes russes, jusqu’au lieu-dit Coilong, le chemin longe pendant longtemps les sous-bois dans la pleine campagne. Chaque fois que le regard se promène avec bonheur sur les côtés de la route, on se dit qu’il est mieux de passer ici au printemps, lorsque le blé se dandine  sur le plat, et que les tournesols, peut-être les sojas aussi, lèvent doucement sur le coteau. Imaginez de tels paysages en automne, après le déclin des cultures.



Puis, le chemin descend à travers prés et campagne vers le petit ruisseau de la Teulère.



Du fond du vallon, le GR65 remonte dans la luzerne et les tournesols, au-dessus du ruisseau de la Teulère, qui a dû fortement grossir à cause des pluies du jour. Au sommet de la colline pointe le village de Flammarens.



La zone est un peu plus habitée. Quoique ! Le chemin passe par un lieu-dit La Subsistance. Quel curieux nom pour un hameau! Vraiment, il n’y a pas ici lieu de faire tout un plat.



La pente commence à devenir plus sévère sur la route. En contrebas, les champs s’étendent à l’infini.



La pente devient très raide à l’approche du village.



Une Vierge veille sur le village, son aire de pique-nique et son château, une ancienne gentilhommière gasconne, avec mâchicoulis et tour. Et le village  a bien raison de prier la vierge pour survivre, après tous les malheurs qui l’ont touché.





Flammarens a longtemps été une petite seigneurie appartenant à des vicomtes de Lomagne, qui font construire une forteresse sur ce point culminant qui domine la vallée. La renommée du château et de sa région s’éteint en 1878,  quand la grande famille de Grossoles disparaît.  Le château est alors vendu, devenant propriété privée.  Dans les années 1930, le château est abandonné, faute de moyens suffisants pour refaire la toiture qui prend l’eau. Puis, la foudre s’y mêle, en 1943, incendiant la toiture. On vend alors le château en pièces détachées. Depuis, une campagne de restauration est en action pour restaurer l’édifice.

Mais si le château ne vit pas une vie dorée, le village ne va pas mieux, ainsi que l’église. L’église St Saturnin date du XVIème siècle. Elle est menacée d’effondrement. Apparemment en restauration, les travaux n’avancent guère.



Mais tout n’est pas mort à Flammarens. Une association, Art-Terre 32, a pour objet de faire revivre le village. Elle organise dans la grande salle du château des soirées musicales haut de gamme, essaie de développer des actions culturelles en milieu rural, de redonner vie au village. Chapeau !

De Flammarens, le chemin descend à nouveau dans la campagne, sur la route, ou sur le bord de la route.




Un peu plus bas, un accueil chrétien est à disposition des pèlerins à la Patte d’Oie. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 19: logements, restauration).
Nous sommes à 4 km de Miradoux et le chemin gagne à nouveau les champs pour se tortiller dans les céréales majestueuses.



Le chemin herbeux longe alors la route pendant des kilomètres entre les diverses sortes de blé et les oléagineux.



Juste avant Miradoux, un petit sentier monte vers les sous-bois, rares il faut bien le dire, dans la région.

Miradoux (540 habitants) est une ancienne bastide dont il ne reste que des reliques du château, dont il ne demeure que le donjon, un escalier en colimaçon et quelques meurtrières. On l‘a même transformé en clocher. Sur les ruines du château, on a reconstruit l’église au XIVème siècle, une église remaniée au cours des siècles, classée aussi monument historique. Une belle halle à grains trône au milieu d’un beau village taillé dans les moellons de calcaire.





On trouve à se loger et même à se restaurer dans le village. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 19: logements, restauration).





En redescendant du village, le chemin longe quelques instants la départementale avant de monter sur la colline dans les champs de blé. Miradoux est la région la moins peuplée et la plus agricole du Gers.



Puis, il redescend de la colline à travers champs de blé et de soja, croise un château en ruines. Le pays est si vaste et si dépeuplé, que seules quelques rares fermes s’égrènent sur le  chemin. On dit ici que de nombreux paysans cultivent plus de 150 hectares de terre.



Un petit lac en contre-bas coupe la monotonie d’un paysage qui  n’en finit pas de se traîner dans les champs. Les camps ondulent en souplesse, comme de vagues, caressés par la brise. Et si c’était le bonheur ? Allez ! La campagne est très belle et reposante ici, jusqu’à rejoindre la petite rivière de l’Aroue.



 

Après avoir franchi l’Auroue près de Toutène, le GR65 longe à nouveau la départementale D23, entre sous-bois et campagne, dans la luzerne et les champs de blé. Il rejoint rapidement Castet-Arrouy (180 habitants), traversée par une rue charmante, sa petite place où trônent l’église et le restaurant, souvent pris d’assaut par les pèlerins.



L’église Ste Blandine du XVIème siècle, remaniée depuis, un peu trop chargée, porte un joli clocher octogonal.



On trouve aussi à se loger. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 19: logements, restauration).




En quittant Castet Arrouy et sa Vierge qui veille sur le village, le chemin transite longtemps sur la bande herbeuse, à côté de la départementale, comme il a pris maintenant l’habitude ici.



A travers champs, il rejoint  un carrefour, près d’un petit lac au lieu-dit St Marie du Gajan. Ici, les cultures paraissent moins gigantesques, et souvent quelques prairies pointent leur nez, là où la terre est sans doute  moins fertile.



Puis, le GR65 continue son petit bonhomme de chemin sur le bas-côté de la départementale, qu’il traverse bientôt pour monter légèrement sur la Peyronelle.



Un panneau, au bord du bosquet, raconte l’histoire de la Peyronnelle, un ancien hôpital de campagne du XIIème siècle, dont il reste quelques vestiges de maçonnerie et de colonnettes, incluses dans une grande ferme sur le coteau.

De la Peyronelle, le chemin redescend à travers champs jusqu’à la jonction de Barrachin, où un gîte est disponible 300m en dehors du GR. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 19: logements, restauration).




C’est  d’ici que le chemin va jouer avec le petit ruisseau de Lesquère, qui serpente dans le vallon, et ses petits lacs.



Le chemin est capricieux ici. Parfois, il s’éloigne dans les champs de céréales, parfois, il nous ramène près du ruisseau dans les sous-bois.



Le chemin monte encore jusqu’à atteindre un joli petit lac dans le sous-bois. Au-dessus, une maison de maître domine la colline.



Du lac, un chemin de terre monte encore un peu vers le sommet du vallon entre les champs de tournesol pour atteindre la bifurcation du hameau de Boué, où le chemin n’y passe pas. Dans ces contrées peu peuplées, les hameaux portent des noms, même s’ils se résument parfois à  une seule et unique ferme, parfois deux.



Depuis Boué, la montée dans le sous-bois n’est pas achevée. Elle prend fin sur un petit plateau près d’un lac au lieu-dit Pitrac.



Vous allez alors traverser une immense ferme où on cultive les légumes, notamment les fraises, les courgettes ou même les artichauts. Pourtant, le Gers est fort éloigné de la Bretagne !





Le chemin va alors traverser la nationale N 21, la route qui descend d’Agen et va vers le sud en passant par Lectoure.



En descendant sur Lectoure, la campagne est vraiment impressionnante. De gigantesques champs de céréales et d’oléagineux se perdent dans un horizon lointain qui s’élargit, qui recule au fur et à mesure qu’on avance.



Sans doute y cultive-t-on le melon charentais, une des grandes spécialités de Lectoure.  S’il n’y avait pas les bâches, on pourrait se dire dans les dunes d’un désert. Ici, les melons sont cultivés en « tunnel » ou « chenille », protégés sous des arceaux ou des bâches en plastique, ou de toile en tissu. D’autres sont cultivés en plein champ, selon la saison.

Soudain, vous apercevrez Lectoure tout proche, devant les blés et le soja. Ne vous y fiez pas, ce n’est qu’une illusion. Vous avez apprécié l’approche interminable de Lauzerte. Ici, c’est encore plus long. Il faudra encore marcher environ 5 km pour arriver à Lectoure. Il suffit d’augmenter le zoom des photos pour favoriser l’illusion d’une délivrance toute proche. Pour les pieds, il n’en va pas de même !

En effet, Lectoure à nouveau s’éloigne dans les énormes champs de tournesol, avant que le chemin ne descende encore plus bas au fond du vallon dans la luzerne.



Une petite route goudronnée remonte alors vers le hameau de la Chapelle. Derrière les blés, Lectoure ne semble pas s’être rapprochée.



Le chemin repart alors pour un petit tour à la limite des sous-bois chez  les maraîchers, puis à nouveau dans les champs de blé.



Pourtant imperceptiblement, Lectoure se rapproche de plus en plus. On va finir par  y arriver.



Au bout du sous-bois, le chemin descend vers la Mouline de Belin, où on trouve à se loger. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 19: logements, restauration). Ici nous sommes  sous la ville de Lectoure.




La côte qui monte dans les sous-bois sur le goudron à Lectoure est sévère, heureusement pas très longue. A Lectoure, on prétend souvent que les pèlerins qui viennent d’Auvillar en une étape y arrivent sur les genoux. C’est la raison pour laquelle de nombreux pèlerins ne logent pas à Auvillar, mais à St Antoine pour raccourcir l’étape vers Lectoure.

La délivrance, c’est un petit banc à côté d’un magnifique cimetière qui se perd en descendant de la colline.
Lectoure est alors à vous.



La cité de Lectoure (3’700 habitants) est traversée de part en pat par la Route Nationale, ancienne rue royale et impériale, où on note de ci et de là de beaux hôtels particuliers datant du XVII-XVIIème siècle. La ville est entourée de remparts, mais les portes d’accès ont toutes disparu aujourd’hui. Ici, la ville semble plus animée que celle que l’on a visitées ces derniers jours.



De la Rue Nationale partent de petites ruelles sombres qui vont jusqu’aux remparts tout autour de la ville.



La cathédrale St Gervais et St Protais a une longue histoire.  La nef romane a été remaniée avec le temps jusqu’à épouser le gothique flamboyant.  La tour octogonale, rabotée avec le temps à la Révolution, ne porte hélas  plus de clocher. L’église conserve les reliques de St Clair  d’Aquitaine, évêque d’Albi et de Lectoure.



Notons encore dans cette belle cité la Tour du Bourreau du XIVème siècle, la seule tour conservée, et le Carmel  qui abrite encore quelques religieuses carmélites.



Voici les possibilités de logement dans la cité. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 19: logements, restauration).







Gastronomie locale

 

Oui, nous sommes dans le Gers, donc dans le Sud-Ouest.  Le réseau du Gers comprend  une grande trentaine d’exploitations où on produit les oies et les canards, notamment les foies gras. Ce sont tout de même plus de 500’000 volatiles qui passent à la casserole chaque année, soit 1’300 par jour ! Bon appétit !

Alors, du canard, vous allez en manger, c’est évident. C’est la nourriture de base du Sud-Ouest. En aiguillettes, en foie gras, en salades de gésier, avec le cassoulet, en confit la plupart du temps.

Mais, à Lectoure, en saison, n’oubliez pas de déguster  le melon. Pour de nombreux connaisseurs, il est plus fin, plus sucré que le melon de Cavaillon, qu’on le mange nature ou accompagné d’un trait de floc, une liqueur produite à partir de l’Armagnac voisin.

Une autre grande spécialité locale est l’ail blanc. Alors forcément, allons-y gaiment pour un foie gras sauté à l’ail de Limogne!

Pour revenir aux détails du parcours.

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