Etape 23 – texte compact

De Eauze à Nogaro:

Un petit coup de floc ou d’Armagnac pour aller faire « vroum-vroum »

 

Didier Heumann

Milena della Piazza

 

 

Nous marchons aujourd’hui en  Bas Armagnac.

Mais qui dit Bas-Armagnac dit aussi Armagnac, donc alcool. En 2011, sur les 12 000 hectares consacrés à l’élaboration d’armagnac, la plus grande partie venait du Gers, le reste des  Landes ou du Lot-et-Garonne. Ces surfaces  sont très inférieures aux 80 000 hectares servant à la production du cognac. Une partie importante de ces surfaces viticoles fournit une production vendue directement sous forme de vin de pays ou de table, les Côtes de Gascogne en particulier. Vous croiserez sur le parcours un certain nombre de ces appellations régionales, notamment le domaine de St Mont ou les Côtes-de-Gascogne.
Evidemment, la flaveur et la subtilité des  Armagnac a beaucoup à faire avec le terroir de leur provenance. Du moins, le croit-on. Le plus subtil des armagnacs est celui du Bas-Armagnac ou « Armagnac noir ». Il est assez boisé, produit à cheval sur l’ouest du Gers (autour de Nogaro et d’Eauze)  et le sud-est des Landes (Villeneuve-de-Marsan). Le terroir est fait de coteaux aux pentes faibles, découpés par les vallées de la Douze et du Midour, qui coulent vers le nord-ouest pour se jeter dans l’Adour. Le sous-sol est composé d’une épaisse couche de glaise, de sables argileux et ferrugineux, ce qu’on appelle ici des boulbènes. Les terrasses et les fonds de vallées, formées de molasses, ne sont pas cultivés pour la vigne. Vive l’argile qui donne des eaux-de-vie fines, fruitées et complexes !
Dans la Ténarèze et le Condomois, on fabrique aussi des armagnacs, à cheval sur le nord du Gers (autour de Condom) et le sud du Lot-et-Garonne.  Ici, le paysage est découpé par les vallées de la Gélise, de l’Auzoue,  de l’Osse et de la Baïse, toutes rivières qui coulent vers le nord pour se jeter dans la Garonne. Ici, le calcaire domine nettement sur l’argile. Ce sous-sol est moins profond qu’en bas Armagnac et les Armagnacs sont plus corsés, plus aptes au vieillissent. Ne concluez rien de ce galimatias.  La vigne c’est beaucoup plus subtil que tout cela. Certes, le grand Pétrus baigne ses pieds dans l’argile, mais les grands Bourgogne sont tous produits sur le calcaire ! Parker reconnaîtra ses petits, et ils préfèrera peut-être les armagnacs de la Ténarèze à ceux de Aire-sur-l’Adour !
Dans le Haut Armagnac, à l’est de l’appellation, l’armagnac est dit « Armagnac blanc » à cause des collines composées de marnes, de molasses et  et de galets. Pourquoi l’armagnac est-il moins célèbre ici ?  Allez comprendre, mystère….

Mais avant de déguster un peu d’armagnac, si l’envie vous prend, vous mangerez sans doute du canard, et rien que du canard sous toutes ses formes, dans les gîtes, les chambres d’hôtes et les restaurants. Et pourtant, sur le chemin, vous n’en rencontrerez peut-être aucun. Et pourtant, ils sont là, enfermés à l’intérieur.  Un silo près d’une ferme signale la présence des volatiles. Et pour nourrir ces oiseaux, il faut beaucoup de maïs. Le maïs, ici ce n’est pas ce qui manque. Il a pris la place du blé.

Vous arriverez alors à Nogaro, une petite cité qui fait « vroum-vroum » au beau milieu du Gers.

L’étape n’est pas longue, sans aucune difficulté. Les pentes sont parfois un peu plus prononcées quand on descend et remonte d’un ruisseau à l’autre.



Le GR65 quitte Eauze en montant sur la route nationale dans la banlieue sud, puis quitte la grande route pour une plus petite route au milieu des villas.




 

 

Au bout de quelques centaines de mètres, le GR65 quitte le goudron pour un petit chemin qui se faufile à la limite des sous-bois.

 

 

Mais le chemin revient vers la nationale qu’il traverse près de Monplaisir. Un panneau nous annonce des vignes, bien sûr !

Des vignes, il y en a, certes, mais bientôt elles vont disparaître au profit d’autres cultures, du maïs surtout, mais aussi du soja qui pointe à peine.



En montant vers Penebert, commencent à fleurir les élevages de canards.



Le poulet fermier du Gers Label rouge est né en 1975. Aujourd’hui, la filière compte 300 aviculteurs, qui sont aussi le plus souvent agriculteurs. Ces poulets à croissance lente sont élevés 81 jours au lieu de 40 pour les poulets industriels. Nourris à 75 % de céréales, moins serrés dans les bâtiments, ils vivent en plein air pendant les six dernières semaines. Les conditions d’élevage expliquent la qualité gustative. En contrepartie, ils sont vendus deux fois plus cher. Cet élevage prend de l’essor, mais quantitativement, il est loin derrière ses concurrents directs de poulets fermiers que sont Loué, là-haut dans la Sarthe du Nord et ceux des Landes.

Ici, vous ne verrez pas ces poulets fermiers si vantés. Il faudra vous contenter de canards, même si vous ne verrez que très rarement les volatiles !

De Penebert, un chemin de terre et d’herbe descend dans les sous-bois et les champs de maïs. Le maïs aime l’eau et vous le verrez  s’épanouir  surtout dans le fond des vallons où l’humidité s’installe près des ruisseaux.



Le chemin descend donc jusqu’au fond du petit vallon pour traverser le Bergon, où l’eau ne coule pas à grand niveau.



On abandonne alors  en contrebas le ruisseau et son murmure musical pour grimper sur la crête dans l’exubérance d’énormes champs de maïs.



Puis le chemin s’enfonce entre les chênes et les hêtres  dans un sous-bois touffu. Les arbres font un brin de causette, les branches nous touchent presque. Les broussailles et les lourdes fougères bordent le sentier.



A la sortie du sous-bois, le chemin retrouve les vignes sur les hauteurs.





Alors les vignes défilent à nouveau, les unes rangées derrière les autres, comme des bataillions de soldats, avec parfois ci et là un champ de blé qui ose pointer son nez, qui dérange presque.



Du sommet de la crête, le GR65 retrouve la route goudronnée et descend gentiment dans la campagne vers le Riguet.



Quelques kilomètres à plat sur la route avant de bifurquer à nouveau dans les vignes. Ici, entre les ceps, les pèlerins partagent leur vie avec les tracteurs et les pesticides des viticulteurs.



Après les vignes, voici à nouveau  les maïs. Ce n’est pas une surprise. Le chemin va redescendre pour tremper ses pieds dans un petit ruisseau au fond d’un nouveau vallon.




 

 

Là, il va traverser le ruisseau de Hitère.
Et comme il en a pris l’habitude, il va  remonter en petits lacets dans les pousses de maïs, dans l’ombre des chênes.




 

 

Au sommet de la crête, le GR65 arrive au carrefour de La Hargue. Là, à deux pas hors du chemin, on peut se loger et se restaurer. Une charmante et hétéroclite halte vous attend au Chalet du Bonheur. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 23: logements, restauration).



Depuis le carrefour, le chemin de terre monte encore un peu dans le sous-bois. Il n’y a guère de doute ici. Les Mousquetaires vous guettent peut-être dans le sous-bois. Oui, nous sommes toujours en Gascogne.



De la crête, le GR65 redescend dans une terre blanche comme du sable d’abord dans le sous-bois, puis dans les vignes.



Rapidement, le chemin de terre rejoint les petits lacs magiques de l’étang du Pouy. C’est vraiment splendide ici.

Les étangs du Pouy, disposés en cascade, sont alimentés par le ruisseau du Pouy, un affluent de la Douze. Ce sont de vieux et beaux étangs hérités du Moyen Âge et des bassins piscicoles. Ici, l’habitat naturel humide est assez exceptionnel, avec sa végétation flottante dans l’eau verte stagnante, au milieu des marécages, des joncs, des roseaux et des aulnes. Les grands chênes qui longent les berges accueillent selon les époques une foule d’oiseaux migrateurs qui se nichent ici.



Les étangs contiennent beaucoup de vase, car le bassin versant de Manciet au-dessus des étangs est très cultivé. Certains étangs sont en déshérence, mais apparemment la majorité d’entre eux sert à la pisciculture. On y a introduit des poissons. Ne passez pas ici avec votre canne à pêche. Ce n’est pas conseillé ! Par contre les cormorans et les écrevisses qui transitent par ici se régalent gratis de la largesse des associations patrimoniales des étangs.


Le GR65 retourne à la dure réalité et remonte au-dessus des lacs sur le goudron dans une pente assez soutenue.



Et revoici les champs et les vignes.



Nous nous rapprochons de Manciet. Ici, la nature est bucolique à souhait, sereine. On se sent et on doit vivre en paix sur  une colline où s’égrènent de petites maisons  perchées sur les hauteurs, trempant presque leurs pieds dans les nénuphars, où les sifflements des chiens rivalisent avec le beuglement des vaches.



Manciet est un gros bourg dans la campagne. Ici, passait autrefois la ligne ferroviaire qui sillonait le Gers, celle-là même que nous avons suivie avant d’arriver à Eauze, et qui allait, entre autres, de Condom à Aire-sur-L’adour.



Dans le Gers et dans les Landes, l’arène appelée aussi « plazza » fait la fierté des gros bourgs.La course landaise appartient au patrimoine culturel gascon. Elle est  pratiquée surtout dans les Landes et le Gers, un peu dans les Pyrénées. Ce n’est pas de la corrida. Les animaux sont tous des femelles, en fait les femelles des taureaux de corrida, appelées « coursières ». Ces vaches sont élevées par des « ganaderos », surtout dans les Landes, entre Dax et Aire-sur-L’Adour.  Chaque élevage possède ses couleurs, ses toréros. Il n’y a pas de mise à mort des vaches, ni pendant ni après la course. Tout est dans l’art du saut et des écarts. Le jeu se déroule avec plusieurs équipes. A la fin de la course, le jury annonce les résultats individuels de chaque acteur. Il désigne les trois meilleurs écarteurs de la course qui auront le privilège de monter à l’ «escalot » pour obtenir leur récompense.


Une Vierge veille sur le village, sur une petite place à côté des arènes. Le gros du village est situé de l’autre côté de la route départementale D931, une route assez fréquentée. On trouve à se restaurer et à loger ici.



Le village est traversé de part en part par une rue assez étroite.



Manciet (770 habitants) possède une longue histoire, même si aujourd’hui, elle n’est plus qu’un lieu de passage sur le Chemin de Compostelle.  Station romaine dans l’Antiquité, elle fut investie par les Templiers au XIIème siècle et leur domaine transformé en hôpital pour les pèlerins un peu plus tard. Appartenant aux souverains du Béarn, le château fut  détruit dans les guerres incessantes qui opposèrent catholiques et protestants.

 

 

L’église Notre Dame de la Pitié fut construite vers 1545, puis endommagée par les protestants. Par la suite, l’église fut agrandie et restaurée. Le beau cocher de cette église de forme massive fut détruit par la foudre à la fin du XIXème siècle.

Quelques vieilles maisons à colombages ornent la rue.




 

 

On peut se restaurer et loger dans le village. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 23: logements, restauration).

A la sortie du bourg, le GR65 suit la départementale  D931, là ou devait se nicher l’ancien hôtel des pèlerins du Moyen-Age, avant de traverser  la Douze. Les pèlerins de l’époque étaient dispensés de payer le péage pour traverser la rivière. Nous aussi !



 

 

Bientôt, le GR65 quitte la grande départementale pour la petite départementale D153.

Au hameau de Las Barthes, les oies et les canards barbotent. Ces heureux-là ne passeront pas à la casserole dans les jours suivants.



Un peu plus loin, la route passe au hameau de Haussecame, près d’un petit lac. Le pèlerin ne s’arrête guère sur le chemin pour déguster les Armagnacs et boire un petit coup de floc. Né d’une recette gasconne au XVIème siècle, le floc de Gascogne, (« Lou Floc », le bouquet de fleurs en occitan) est le mariage entre du jus de raisin frais et la vigueur de jeunes Armagnacs. On le consomme ici à toute occasion, de l’apéritif au dessert, en blanc ou en rouge. Il a ses défenseurs acharnés. D’autres le trouvent assez commun. A vous de vous en faire une idée….



Après Haussecame, retour dans les vignes et les maïs à la limite du sous-bois.



Et le petit jeu d’alternance entre les cultures dure jusqu’à débarquer sur un très grand plateau où trône en son milieu le gigantesque et beau domaine du Haguet.




 

 

On peut aussi y séjourner. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 23: logements, restauration).
Le GR65 suit alors un chemin de terre qui conduit dans le sous-bois à la Chapelle de l’Hôpital.



Là, on y trouve aussi un point d’eau. Avec les étapes, tous les pèlerins savent que près des églises, des chapelles et des cimetières, il faut de l’eau fraîche pour les fleurs. Cette chapelle a aussi une longue histoire.  C’est là que se trouvait une des nombreuses commanderies de l’Ordre de Malte, celle de l’Hôpital Ste Christie. Le pèlerin pouvait s’y reposer, manger, se faire soigner. La commanderie fut détruite aussi durant les Guerres de Religion. Les protestants ont été de redoutables iconoclastes à ces époques.  Il n’en reste que cette élégante chapelle de briques, tout en hauteur,  égarée dans la nature, dédiée aujourd’hui à Ste Claire.




 

 

A partir de la chapelle, le chemin de terre continue sa course en zigzags dans un sous-bois parfois dense, parfois plus clairsemé. Sous nos chaussures de la terre battue, de la vraie. La lumière ici donne dans le clair-obscur jouant sur les verts tendres des chênes.

Comme le loup sort du bois, le Chemin de Compostelle sort aussi, abordant une légère montée pour y retrouver les vignes.



 

 

Le GR65 se rapproche alors de la départementale D522 qu’il suit sur quelques centaines de mètres, en remontant vers le hameau de Pehour.

Le paysage devant vous s’annonce alors un peu plus vallonné. Vous salivez par anticipation. Le chemin va redescendre au fond d’un vallon, c’est quasi couru d’avance. Chic, vous avez gagné ! Alors, les maïs vous font des haies d’honneur pour vous accompagner  jusqu’au bas où vous pouvez, à loisir, faire trempette dans les eaux du Midouzon. Vous ne risquerez pas la noyade ici.



Ici, nous marchons à nouveau dans les maïs, de gigantesques étendues à perte de vue. Les canards, là-haut sur la colline, ne doivent pas être éloignés, comme le signale la présence des silos.



Un ruisseau coule toujours au fond d’un vallon. C’est son sort. Alors, le nôtre est de remonter le flanc du vallon, de l’autre côté.  On le fait jusqu’à transiter par le méridien de Greenwich, où machinalement on contrôle l’heure à sa montre.




 

 

Le méridien est-il une frontière naturelle ? Qui sait ? Toujours est-il que le chemin redescend à la quête d’un nouveau petit ruisseau.  C’est au tour du ruisseau de St Aubin, que l’on devine à peine, dissimulé qu’il est par d’épais feuillages.

Le GR65 remonte alors sur le goudron vers le hameau de Villeneuve. Ici, nous sommes  presque à une portée de fusil de Nogaro, que l’on aperçoit à l’horizon.



Un chemin de terre repart alors dans les vignes et les maïs pour gagner Pouy de Boy dans la banlieue de Nogaro, où le GR65 rejoint la départementale D522.



Une large allée sous les marronniers mène à Nogaro, avant de traverser Le Midour, et ses eaux, aujourd’hui du moins, fort boueuses.




Nous arrivons à Nogaro (2’000 habitants). Vous aurez peut-être la chance d’y arriver un jour de plénitude, dans le gazouillis des oiseaux.



Mais voilà ! A Nogaro, un immense parc, où les week-ends les gens s’amoncellent, jouxte le circuit automobile Paul Armagnac. Aujourd’hui se tient une manche du Championnat européen des poids lourds.



Alors la petite cité calme se meuble de milliers d’afficionados des moteurs, bardés de cuir. Motards, automobilistes, et même collectionneurs de véhicules anciens se pressent pour assister à leur messe. L’immense parc et tous les faubourgs de la ville sont couverts de roulottes et de caravanes. Les spectateurs y viennent passer le week-end et ce n’est pas le nombre restreint de logements ici qui saura  les accueillir. Cela saucissonne à qui mieux mieux dans le parc et près des caravanes.



Cela bourdonne sourdement de partout, cela klaxonne avec trépignation et jubilation. Parfois, le vacarme est si intense qu’on a le sentiment d’être sur un champ de bataille.  Alors, me direz-vous le plaisir de s’asseoir à une terrasse près des arènes en sirotant un diabolo menthe, en regardant passer ces monstres d’acier qui vous klaxonnent en passant pour vous signifier toute leur affection !

Pourtant, il est des jours et des nuits plus calmes, plus humaines sur et autour du circuit. Alors, Monsieur tout le monde prend sa petite auto et joue  à se faire  peur en faisant crisser un peu ses pneus dans les virages du circuit.



Au bas du bourg, on y trouve l’arène des courses landaises, là où le monde s’active près d’un grand carrefour avec  un hôtel et un restaurant.



Une rue en pente conduit au centre du bourg, où une autre petite place, plus charmante, héberge des restaurants sous les arbres.



Plus haut,  à la sortie du village, se trouve la collégiale St Nicolas. Eglise romane consacrée en 1060, elle était une des plus anciennes églises fortifiées de la région avec son contrefort en pierre de taille, ses meurtrières, Hélas, elle a subi de nombreux dégâts et remaniements, étant même à une période devenue un entrepôt à charbon. Puis, l’église fut allongée et rehaussée. Elle n’en est  pas moins classée au registre des Monuments Historiques pour quelques fresques et vestiges de l’époque romane.



Voici les logements disponibles dans le bourg. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 23: logements, restauration).







Gastronomie locale

L’appellation AOC Armagnac est produite sur trois départements: le Gers, les Landes, et le Lot-et-Garonne. On trouve des Armagnacs de différents âges. Le vieillissement est au minimum de 2 ans. Plusieurs mentions existent. Elles se réfèrent à l’âge du plus jeune cépage entrant dans l’assemblage. Ainsi :

  1. Un Armagnac XXX ou VS réunit différents armagnacs dont le plus jeune a au moins 2 ans de vieillissement sous bois.
  2. Un Armagnac VSOP aura un vieillissement de 5 ans au moins
  3. Pour l’Armagnac XO, le vieillissement est de 6 ans au moins.

Pour découvrir une palette aromatique encore plus riche et complexe, il faut alors s’orienter vers des 15 et 20 ans d’âge, voire même des produits encore plus vieux. On trouve également des Armagnac millésimés. Il s’agit dans ce cas là d’Armagnac provenant de la seule récolte mentionnée sur l’étiquette.
Hors d’Âge, Vieille Réserve, ou des abréviations anglaises comme VS pour Very Special, VSOP, etc. s’expliquent par la prééminence historique du marché britannique pour les cognacs. Attention ! Tous le Armagnac n’utilisent pas les étiquettes susnommées. Certains se contentent de l’appellation régionale, comme Bas Armagnac AOC. Ils n’en sont pas moins bons pour autant ! Mais tous les sérieux Armagnac vous préciseront leur âge.

L’armagnac est obtenu par distillation de cépages blancs produits sur l’aire d’appellation. Ce n’est pas comme la grappa italienne qui est obtenue par distillation des peaux de raisin après pressurage.  Pour l’Armagnac,  il  faut d’abord faire du vin, appelé « vin de chaudière ». On ne vinifie que des cépages blancs. Les raisins sont éraflés, foulés, puis pressés.  Le moût est alors mis en fermentation, sans addition de sucre ni de soufre (interdiction). En fin de fermentation, on élimine les lies grossières, et on garde le vin sur lies fines,  ce qui ajoute des arômes.  Le vin reste trouble. Il n’y ni débourbage ni collage pour rendre le vin limpide. Le vin obtenu est de faible degré d’alcool (7.5-12%), avec une acidité élevée.  La distillation de ce vin pour en faire un Armagnac tient lieu de traditions et de haute technologie.

Pour toutes les autres eaux-de-vie d’armagnac autres que la blanche, le vieillissement en barrique de chêne  est essentiel et obligatoire.  Il transforme l’aspect translucide de l’armagnac blanc, tel qu’il sort de l’alambic en brun rouge, couleur issue de la dissolution de composants du chêne de la barrique. C’est le même processus qui opère pour les cognacs ou les whiskys. En plus de la couleur, le vieillissement en fût permet l’apparition de nouveaux composés aromatiques venant du bois de chêne qui augmente la puissance aromatique de l’eau-de-vie. Tout le monde connaît l’importance fondamentale de la vanilline et des tannins  dans le vieillissement des vins en barrique.  De plus, le même  vieillissement favorise la diminution du degré d’alcool de l’armagnac par évaporation. C’est ce qu’on appelle la  « part des anges ». La vente d’Armagnac n’est autorisée que lorsque l’eau-de-vie titre un peu plus de 40 % vol. Celle-ci peut aussi s’obtenir par coupage, c’est-à- dire de petits ajouts de « petites eaux », constitués par un mélange d’eau et d’armagnac. Arrivée naturellement ou par coupage entre 40 et 48 % vol. d’alcool, l’eau-de-vie est alors conservée en cuve métallique. On peut aussi le conserver dans un vieux fût ayant perdu tous ses tannins ou en bonbonne en verre (dame-jeanne). À partir de ce moment-là, l’armagnac ne vieillit plus, mais il va très lentement s’oxyder et continuer à perdre de l’alcool. Il peut être mis en bouteille l’année de la vente (l’année de mise en bouteille est parfois indiquée).
L’armagnac est le plus souvent un assemblage de différents cépages, mais aussi de différentes années. Dans les grandes années, des millésimes sont issus, avec des vins de la même année. L’armagnac est alors plus cher, comme pour les Champagne. Une fois ouverte, une bouteille d’armagnac peut se conserver plusieurs années, mais il faut éviter l’oxydation induite par la lumière ou la  haute température .
L’ugni blanc, appelé localement le « St Emilion » est le plus répandu des cépages utilisés dans l’assemblage d’Armagnac (près de 60%).  Cépage originaire d’Italie, c’est aussi le roi des Cognacs. Peu aromatique, acide, avec un rendement élevé, c’est un excellent cépage pour les eaux-de-vie.
Le colombard donne des arômes fruités très prononcés et épicés. C’est le cépage le plus cultivé dans le Gers. Mais ici, on l’utilise plus pour les vins blancs de pays, les Côtes-de-Gascogne, que pour les assemblages d’Armagnac.
La folle blanche, (« folle » car très vigoureuse) donne de gros volumes de vins acides et peu alcoolisés, ce qui en fait un bon cépage pour les eaux-de-vie. Ce cépage représentait la base de l’encépagement avant la crise du phylloxéra. La difficulté de la greffer et la sensibilité aux maladies l’ont rendue plus rare. Sa qualité lui vaut cependant de rester présente dans le vignoble (2% des assemblages d’Armagnac).

 

Pour revenir aux détails du parcours.

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