Etape 26 – texte compact

De Arzacq-Arraziguet à Arthez-de-Béarn : On se rapproche des Pyrénées à grands pas

 

Didier Heumann

Milena della Piazza

La veille, nous sommes entrés en Béarn à Arzacq-Arraziguet. Le Béarn est la plus grosse province des Pyrénées Atlantiques. Aujourd’hui, nous nous avançons en peu plus dans une région, dont les paysages nous changent un peu de ceux que nous avons traversés ces derniers jours.

Il fut une période bénie où le Béarn n’était qu’un grand labyrinthe bocager, fait de collines boisées et de vallées. Dès que les collines montent à plus de 500 mètres, les Basques parlent de montagnes. La caractéristique géographique du pays est son organisation en vallées creusées par les affluents de l’Adour, de grosses rivières ma foi.

Dans l’étape de la veille, nous avons franchi le Gabas et le Louts. Aujourd’hui, ce sera au tour du Luy de France et du Luy de Béarn. Le Béarn connaît le record de pluviométrie en France. Il pleut plus qu’en Bretagne. Mais oui !  La cause est due à la proximité des Pyrénées qui piègent l’humidité, les nuages et la pluie. On dit ici que s’il pleut d’un côté de Pyrénées, de l’autre côté, il fera beau. Alors changez de côté, ce que ne peut faire le pèlerin.

Dès lors le climat doux et humide donne au Béarn cet aspect d’un vert rutilant de la campagne et des prairies. Mais voilà ! Le paysan doit  survivre. Il ne peut vivre que de fromage, de ses moutons et de ses vaches. Alors, il défriche à qui mieux mieux le pays pour planter ce monstrueux maïs  hybride  qui envahit aussi le pays.  Tout paysan a rapidement compris l’avantage de planter des hybrides, car le rendement est double et la résistance aux maladies est nettement améliorée. Comme pour les OGM !  Dès lors, les variétés hybrides, pas que le maïs mais aussi le colza, le tournesol et de nombreux légumes,  ont rapidement envahi les champs et nos assiettes. Les agroalimentaires et les semenciers ont pris le pouvoir et l’agriculteur n’a plus que le choix de racheter chaque année sa semence. La biodiversité et la créativité paysanne sont dorénavant à ranger dans les vielles armoires. Pout tout vous dire, en Béarn, même le béret basque disparaît à la vitesse de la lumière.

Le chemin part aujourd’hui plein Ouest vers l’Atlantique. Jusqu’à la fin du chemin, le Chemin de Compostelle traversera les Pyrénées Atlantiques.

C’est une assez longue étape, mais sans grande difficulté, sur de très légers vallonnements. Font exception, la montée sur Moundy, sur Fichous-Riumayou et sur la côte de Castillon, où les pentes sont un peu plus sévères, quoique raisonnables.


Pas de longue traversée de la banlieue ici pour sortir de la cité. En quittant le bourg de Arzacq-Arraziguet, le GR65 se trouve rapidement en pleine campagne.

Le lac d’Arzacq est juste en dessous. Le lac se résume en un adorable ovale d’eau verte et sombre. Pas un souffle d’air ce matin. Les eaux moirées ne frissonnent  même pas.

Un petit chemin fait le tour de la moitié du lac.

Puis, il longe la digue et s’en va dans les sous-bois. Arzacq disparaît progressivement derrière les feuillages.

A la sortie du bois, le GR65 retrouve les maïs au bord du chemin. Sincèrement, pensiez-vous que l’on allait quitter les champs de maïs, sur un simple claquement de doigt !



Puis assez rapidement, le GR65 emprunte une petite route goudronnée qu’il va suivre pendant de nombreux kilomètres, longeeant la commune de Vignes.



Le pèlerin aime à retrouver ces témoignages et ce genre de symbolique hétéroclite qui marquent  parfois le chemin.

Une indication est donnée pour un logement fort éloigné du chemin. C’est aussi que d’ici la route se met à descendre plus franchement vers la rivière. A l’horizon se découpent les collines boisées et vertes du Béarn. Dans l’imaginaire des béarnais, le pays et un vrai pays de Cocagne, une contrée miraculeuse où la nature déborde de générosité et de bonheur.



La descente est régulière, parfois accentuée, surtout dans les champs, plus rarement dans les maïs. A l’horizon se dessine la chaîne des Pyrénées, que l’on aperçoit pour la première fois. C’est toujours un choc pour le pèlerin qui passe ici. Etre si près de l’Espagne, voire presque la toucher !



Un peu plus bas, à l’approche de la rivière, un large chemin de terre caillouteux remplace le goudron. Dans le sud-ouest, les cultures de maïs sont souvent très concentrées près des rivières et des ruisseaux. Les maïs sont si gloutons en eau ! Les hybrides encore plus !



Le GR65 arrive alors dans la petite vallée où coulent les eaux assez boueuses du Luy de France. Et pourtant le temps est sec depuis quelques jours. Les poissons ici ne doivent jamais voir la lumière du jour. Vous pouvez aussi imaginer la texture du chemin de terre par fort temps de pluie.



De l’autre côté du pont, le GR65 passe au lieudit Le Moulin, avec un bel exemple d’architecture rurale du Béarn. Les maisons sont faites de galets de gave noyés dans le mortier sous un toit à quatre pentes recouvert de tuiles plates rousses. Les riches demeures complètent aussi avec des tuiles les encadrements des portes et des fenêtres et la frise sous le toit, formant une corniche décorative.



La route longe alors un peu la rivière avant de monter légèrement sur Louvigny et son église récente.



En sortant de Louvigny, la route monte légèrement vers Moundy. Mais vous comprenez vite. La route continue tout droit en pente douce, le GR65 non.



Alors, vous jetez un coup d’œil vers la colline et vous voyez un chemin qui se tortille en pente raide. Vous savez bien que le GR65 aime sortir des facilités. Vous vous dites peut-être qu’il vous serait suffisant de suivre la route, mais vous ne savez pas où elle va. Alors, en avant pour la grimpette ! Ne ménageons pas le suspense plus avant. Le GR65 va emprunter le chemin de Lassoulade qui grimpe tout au sommet d’une colline pour vous faire redescendre sur Moudy un plus loin, là où passe la route que vous avez quitté.

Ici, la pente est assez rude sur le petit chemin caillouteux, qui devient herbeux au sommet de la colline.



Pour vous remercier d’être passé  par ici, un généreux donateur vous offre ses fruits. Les pèlerins ont aussi leurs anges gardiens.



Puis, comme anticipé, le GR65 redescend sur le village de Moundy. Enfin l’oeil se repose sur l’écrin vert des prairies béarnaises et oublie pour un instant la géométrie des tiges de maïs.



A Moundy, le GR65 prend la direction de Fichous-Rimayou sur le goudron.  La pente est assez sévère ici le long des villas récentes. Allons ne soyons pas sévères, mais il est fort à parier que ce genre de construction ne passera jamais à la postérité.





Par bonheur le panorama sur le vert Béarn est assez exceptionnel.

A mi-côte, à Pédepignes, l’inclinaison de la pente diminue et un large chemin de terre assez rocailleux remplace le goudron. Combien de temps encore tiendra le toit de cette masure et de son unique pan de galets ?



Le chemin monte encore, mais en pente plus douce.  Du côté de Lou Plan, le GR65 arrive au sommet d’une première colline.



Des amoureux ont scellé ici leur union pour l’éternité.

De Lou Plan, le chemin descend et monte le long des sous-bois et des prairies.  Au sommet de la colline, le pays s’ouvre sur les campagnes.





De grands terrils de terre ocre  barrent l’horizon, mais les vaches ne s’en soucient guère. Sans doute cherche-t-on ici du pétrole ou du gaz. Le Béarn est truffé de trous, comme le gruyères, d’où s’échappe la manne précieuse. Le plus célèbre et volumineux est le gisement de gaz de Lacq près de Pau. On aperçoit devant soi les maisons du hameau de Cappouey, mais le chemin n’y passe pas.



Il préfère descendre assez sèchement sur le petit ruisseau du Rance…..
…pour remonter encore plus sévèrement de l’autre côté du vallon, dans les chênes et les broussailles.



Au sommet de la côte, le GR65 arrive sur le plateau de Fichous-Riumayou, petit village tranquille, comme l’est son église dédiée à St Girons.





Le GR65 descend alors, en pente assez régulière, sur le goudron, jusqu’à Larreule. Certains tronçons présentent des pentes jusqu’à 15%. Mais c’est sans problème.



A l’entrée du village, il y a, un peu à l’écart, la très belle église de St Pierre, dans un cadre verdoyant et bucolique. L’abbaye de Larreule, qui connut son apogée au Moyen-Age était une des grandes abbayes du Béarn.  Elle fut ravagée durant les guerres de religion du XVIème siècle. Les derniers couvents disparurent lors de la Révolution. On reconstruisit ici au XVIème siècle une nouvelle église sur les ruines de l’abbatiale romane. Il ne reste de cette époque que l’absidiole nord, une partie du transept et quelques chapiteaux.  Mais le cadre est magnifique.



Le GR65 traverse le village et sa belle fontaine.



 

Etant donné la longueur des étapes, de nombreux pèlerins s’arrêtent ici où on trouve à se loger et à se restaurer. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 26: logements, restauration).

A la sortie de Larreule, voici à nouveau les champs de maïs. Mais aussi les bosquets, car les paysans n’ont jamais supprimé les arbres  près des rivières. C’est ici que coule le Luy de Béarn, boueux à souhait,  presque immobile et sommeillant  au milieu des arbres,  une  rivière des Pyrénées, qui rejoindra plus loin le Luy de France, puis l’Adour.




 

 

Après le pont, une petite côte sévère vous ramène sur le plateau.
Vous y retrouverez les maïs, sans doute avec délectation. Sur des kilomètres, avant de trouver l’entrée du village d’Uzan. Quelques maisons au bord de la route, puis plus rien, rien que de la campagne.



Mais, patience ! Vous n’avez pas encore atteint le village. Il faudra d’abord redescendre au fond d’un vallon pour traverser l’Uzan, un petit affluent du Luy de Béarn. Le village, dont on aperçoit l’église, est juste un peu après le pont.


Uzan, une ancienne bastide fondée par les moines, n’est plus qu’un petit village modeste, groupé autour de son église Ste Quitterie, fort remaniée au cours des siècles.




 

 

On trouve un logement dans le village. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 26: logements, restauration).

Depuis Uzan, encore du maïs, toujours du maïs, indéfiniment du maïs. Pourtant quelques tournesols tournent par fois leur belle tête ici.



Un sous-bois s’annonce alors à l’horizon, rompant la monotonie.  La route va y descendre pour retrouver un affluent du Luy de Béarn. Et tout à coup la magie opère. La poésie ici. Près de la rivière, une grande place de pique-nique est si chargée de symboles qu’un sociologue pourrait y passer des mois à dégager la symbolique de tous ces objets hétéroclites, groupés ou dispersés avec un art subtil.  Mais à qui et à quoi peuvent-ils servir ces sacs dont on ignore le contenu ?  Chacun ne doit-il pas porter son sac de charbon pour aller en paradis ? Et que trame ce romain avec son front recouvert du laurier au milieu des pierres votives ?





Un peu plus haut, on abandonne ses rêves pour retrouver le monde réel. Un gîte est présent en chemin. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 26: logements, restauration).

A Geus d’Arzacq  règnent la propreté et la sérénité des maisons coquettes.



Nous sommes assez proche de Pomps, le prochain village. Dans la région, quand on quitte un village pour un autre, le trajet retrouve inexorablement les maïs.



Et le petit jeu dure, de goudron en terre battue jusqu’à l’entrée de Pomps.



Le village ressemble à un village neuf, avec de nombreuses constructions récentes, même si un vieux banc veut nous faire croire à une plus ancienne histoire.




On trouve à se loger au gîte communal et à se restaurer à l’épicerie, quand elle est ouverte ! Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 26: logements, restauration).

Encore des kilomètres de goudron à la sortie de Pomps, la traversée de la départementale D945 dans un paysage monotone. Des maïs, encore des maïs ! Des prairies parfois aussi.

Chemin faisant, deux fermes devant vous. Votre oeil avisé détectera aisément la différence !

Las de filer sur le goudron, le GR65 retrouve un chemin de terre et d’herbe qui va se faufiler entre les hautes haies de maïs. Encore et toujours. Et pourtant, on n’a pas croisé un seul canard de la journée. Les éleveurs ont du les éloigner des yeux des pèlerins.

Puis, à l’abord d’un sous-bois, le GR65 va descendre doucement pour traverser le gros ruisseau du Lech.

Le GR65 va suivre alors une petite départementale, le long d’une tranchée où coule un filet d’eau, d’abord à plat, puis en montée progressive. A l’approche de Castillon, la pente se fait plus rude. Vous constaterez sans doute, au cours des étapes, que c’est dans ce genre de raidillons, que s’affirment les baroudeurs du chemin de Compostelle.  Vous sentez leur souffle dans le dos ou le bruit de leurs bâtons sur le macadam. Ils vous dépassent en disant simplement bonjour, puis filent comme le vent. Ultreia !

Au sommet de la côte, la route gagne le village de Castillon.

Peu après le village, le GR65 emprunte un chemin de terre pour plonger dans un sous-bois.

Au bas de la colline, le GR65 retrouve le goudron et va traverser d’abord un affluent de l’Aubin, puis la petite rivière elle-même, que l’on devine à peine derrière les fougères et les feuillages.

De la rivière, une route goudronnée monte sur la crête vers Carrère. Ici, la pente se fait progressive, et s’amplifie à mesure que l’on monte. C’est ce genre d’épreuve que les pèlerins harassés affectionnent tant en fin  de journée !

A Carrère, la route rejoint une sorte de court petit plateau. Mais la montée n’est pas terminée, jusqu’à apercevoir au-dessus la chapelle de Caubin. Alors, le GR65 rejoint une plus grande route qui passe près de la chapelle.

La Chapelle de Caubin, avec son mur fronton,  appartenait à un hôpital de la Commanderie très prospère des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem. Il n’en restait qu’une chapelle délabrée qui fut restaurée en 1966. On sauva du Moyen-Age un gisant représentant un chevalier en côte de mailles. La chapelle est cependant inscrite au registre des Monuments Historiques.

Face à la chapelle, de l’autre côté de la route, le curé d’Arthez fit ériger un oratoire pour remercier la Vierge d’avoir épargné les prisonniers de la commune durant la guerre 39-45. Le monument est fait de galets du gave reliés par du mortier.

La route monte encore un peu jusqu’à l’entrée d’Arthez-de-Béarn.
Vous croyez être arrivé ? Détrompez-vous. La cité s’étend sur près de 2 kilomètres ! Si vous devez aller faire vos emplettes à pied à l’autre extrémité de la cité, là où se concentrent les commerces, imaginez le plaisir journalier !

Perchée comme un citadelle (il ne reste que des lambeaux de remparts) au-dessus de la plaine du gave de Pau, la cité compte moins de 2’000 habitants. On dit ici que c’est une cité dortoir pour les gens qui travaillent à Pau ou à Orthez. On trouve à se restaurer et à se loger, même si les logements se comptent sur les doigts d’une seule main.

Pour revenir aux détails du parcours.

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