Petite histoire du Chemin de Compostelle

Les pèlerins voyagent sur le Chemin de Compostelle depuis des siècles. En fait, le chemin n’a guère varié au cours de cette longue histoire. Bien sûr, de nombreux chemins ont pris une allure un peu plus carrossable et les ordres religieux ont pour la plupart disparu. Mais aujourd’hui encore, les pèlerins arrivent dans les mêmes villages, gravissent les mêmes collines, visitent et prient dans les mêmes chapelles que leurs prédécesseurs.

Si les motivations pour effectuer le voyage sont multiples, la  beauté des paysages est l’une des principales. Et pourtant ! Les paysages traversés sont souvent assez ordinaires. Un paradoxe, direz-vous ? Il est vrai que certains paysages sont exceptionnels comme la Suisse, l’Aubrac, la vallée du Lot ou les Pyrénées, mais d’autres, vous les retrouvez devant votre maison. Le paysage n’est pas qu’une collection d’images qui frappent la rétine, une belle harmonie de formes et de couleurs. C’est bien plus que cela. C’est une expérience, la marque de notre relation au monde. Marcher longtemps offre un nouveau regard et va jusqu’à transcender des lieux que l’on considère ordinaires. Le pèlerin révolutionne son vécu antérieur, change profondément de rythme, renoue avec une autre nature.
Des dizaines de milliers de gens fréquentent le chemin chaque année. Dès la moitié des années 1980, l’expansion est devenue logarithmique. En 1985, on avait estimé un nombre de pèlerins de l’ordre de 700. En 1995, le nombre s’était élevé pour atteindre 20’000. Aujourd’hui on parle de 200’000 personnes passant sur le chemin chaque année.

De nombreux pèlerins tentent le trajet d’une traite pour avoir un sentiment plus profond du pèlerinage. Mais, on dit que moins de 10% réussissent dans leur entreprise. Les douleurs physiques prennent souvent le dessus sur leur enthousiasme initial. D’autres, spécialement des randonneurs, pratiquent le chemin, en sections, sur plusieurs années. Autrefois, le pèlerin arrivant à Santiago n’avait guère qu’un choix, celui de revenir  à pied sur le même chemin. Aujourd’hui, le train et l’avion ont pris la relève. La majorité des personnes rencontrées sur la Via Podiensis, la voie la plus fréquentée de France, du Puy-en-Velay jusqu’à St-Jean-Pied-de-Port, sont français, allemands, suisses, hollandais et belges. Les italiens sont rares sur ce trajet et le nombre de pèlerins venant des pays de l’Est de l’Europe est en constante augmentation. De même, on voit arriver à grand nombre les marcheurs d’outre-mer. Plus loin, sur le Camino Frances, la foule des marcheurs est plus cosmopolite.

Les pèlerins ont tous les âges, bien que les retraités représentent le plus grand nombre. Pour certaines personnes, le Chemin de Compostelle est juste une marche de longue distance exceptionnelle. Pour d’autres les motivations sont religieuses, culturelles, écologiques, sociales ou historiques. Les motivations personnelles sont sans doute aussi nombreuses que les pèlerins eux-mêmes.

Historique du pèlerinage

Selon la tradition, après la résurrection du Christ, St Jacques devint responsable de l’église de Jérusalem. Il aurait aussi été donner la Bonne Nouvelle et évangéliser l’Espagne. De retour à Jérusalem, il fut martyrisé. On raconte que ses disciples ont transporté sa dépouille par bateau jusque sur les côtes de Galicie, où elle fut enterrée en secret, dans un bois.

La localisation de la tombe tomba dans l’oubli pendant des centaines d’années, quand, en 815, un ermite espagnol du nom de Pelayo se trouvait dans le bois, écoutant de la musique. Il fut aveuglé par une intense lumière brillant à un endroit précis dans le bois.  On appela cette place, en latin, “Campus Stellae », champ de l’étoile, nom qui fut transformé peu après en  Compostela. Pour d’autres experts, Compostella pourrait provenir du mot latin componere (enterrer) pour désigner un cimetière ou une nécropole.

Ici, on trouva une tombe romaine, contenant, entre autres, les ossements de St Jacques. L’évêque local en fit un reliquaire et un sanctuaire. Les nouvelles de la découverte se traînèrent comme de la poudre. Les légendes ont parfois plus d’influence que la réalité. De toute manière, il est évident que la réalité et la fiction ont toutes  deux contribué à l’essor du pèlerinage.

Le reliquaire attira nombre de pèlerins entre le XIème et le XIIème siècle. Les indulgences, et notamment la possibilité de diminuer son temps de pénitence au Purgatoire en furent des moteurs déterminants.

Au Moyen-Age, le chemin était hasardeux, voire dangereux. Les pèlerins devaient faire face à de nombreux problèmes : les loups, les rivières difficiles à traverser, les bandits de grand chemin, les fièvres, la guerre. Pour toutes, ces raisons, les pèlerins voyageaient le plus souvent en groupes étendus.  Mais avec le nombre croissant de pèlerins, on se mit à construire des routes, des ponts et des hospices. Les chapelles et les sanctuaires à la mémoire du saint proliférèrent.

En France, de nombreuses chapelles ont surtout St Roch comme sujet  de dévotion. St Roch, un saint de Montpellier, passa sa vie à signer les gens de la peste.  Atteint à son tour de la terrible maladie, il se réfugia dans les bois, accompagné seulement d’un chien qui lui apportait tous les jours sa ration journalière. La légende a rapidement confondu St Roch et St Jacques. C’est la raison pour laquelle, on trouve surtout en France des chapelles dédiées à St Roch, et en Espagne des chapelles dédiées à St Jacques.

Les pèlerins venaient de toute l’Europe. Il n’y avait pas qu’une route et les chemins suivaient le plus souvent les voies romaines. Il fallait les nourrir, leur donner de l’eau propre, les héberger, voire les hospitaliser. Nombre d’entre eux voyageaient sans chaussures. Les moines de Cluny  construisirent des monastères, érigèrent des ponts. On compta jusqu’à 314 monastères, à une époque où l’Abbaye de Cluny était devenue aussi puissante que le Vatican de Rome. L’abbaye et ses monastères furent détruis en masse à la Révolution française.

On dit que le pic du pèlerinage se fit au Moyen-Age, avec près d’un million de pénitents marchant par année sur le chemin. Plus tard, la réforme et les guerres en diminuèrent le flot, qui ne disparut jamais totalement. Les hospices et les hébergements disparurent aussi grandement. On peut dire que depuis la fin du XXème siècle, il y a comme une sorte de résurgence.

Le “Credencial” et la coquille

Le ”Credencial”  ou le passeport des pèlerins est la version moderne du “document de voyage” que l’on donnait aux pèlerins du Moyen Age. Selon les lois médiévales, le pèlerin devenait un errant, plus assujetti aux juridictions nationales. De nombreuses personnes prirent le statut de pèlerin, des pauvres ou des riches, des clercs ou des paysans, des rois ou des étudiants. Le standing social, l’origine familiale, le niveau d’éducation n’étaient pas tenus en compte. Leur protection était assurée par l’Eglise ou l’évêque qui délivrait le dit passeport. Le pèlerin était libéré des impôts, des taxes et des dettes durant son absence du pays. Le document lui donnait le droit d’avoir logement et nourriture sur le chemin.

Le document était aussi une protection contre le nombre croissant de faux pèlerins. Au cours des siècles, avec l’essor du pèlerinage, on vit la foi s’estomper et fleurir une grande série d’escrocs, attirés par le lucre et l’argent facile : faux prêtres, voleurs de grand chemin, escrocs de tous poils. Sur l’habit sévère du pèlerin, ils portaient l’emblème de la coquille. En France, on les appela les coquillards.

On tamponnait le document à chaque étape, ce qui fait, qu’arrivé à Santiago, le pèlerin médiéval possédait une justification écrite de son voyage, ce qui lui permettait aussi d’assurer l’intendance pour son retour au pays.

Au Moyen Age, on ramenait une coquille (coquille St Jacques) de Santiago comme preuve du voyage. En fait, la coquille devint rapidement le symbole du voyage. On trouvait des coquilles St Jacques en abondance, dans la mer, sur les côtes de Galicie. La coquille n’était pas qu’un emblème. On lui prêtait aussi des vertus magiques pour guérir les maladies. On incorpora ainsi le motif dans de nombreux bâtiments et églises le long de la route.

On raconta aussi la légende selon laquelle, au retour de la dépouille du saint en Galicie, un cavalier tomba de la falaise et commença à se noyer. On le sauva in extremis, et on le ramena à la rive. Sun corps était couvert de coquilles.

Aujourd’hui, le ”Credencial”  ne sert qu’aux personnes qui font le voyage avec un esprit de pèlerinage chrétien ou du moins qui justifient leur voyage pour des raisons spirituelles. Le document ne donne aucun droit, mais permet d’obtenir à la Cathédrale de Santiago la “Compostela”, le document qui justifie la complétude du pèlerinage. Le document permet aussi d’avoir accès aux hébergements chrétiens au long du parcours.

En fait, ce n’est qu’un petit livre d’images, avec des tampons justifiant le passage dans les villes ou villages traversés, tampon délivré par toute personne qui gère l’hébergement sur le trajet.